SABINA SPIELREIN

19 Jan 2016 by

Denn alles was entsteht ist wert, das es zu gründ geht
(Tout ce qui naît est condamné à disparaître
)
Faust – Goethe

 

SABINA SPIELREIN

(1885 – 1942)

Die Destruktion als Ursache des Werdens
(La destruction comme cause du devenir)
Article paru dans Internationale Zeitschrift für Artzliche

 

Psychoanalyse nº 4 – p.465-503 (1912)

Source : Sabina Spielrein entre Freud et Jung
Aldo Carotenuto et Carlo Trombetta – Ed. Aubier-Montaigne (1981)

Traduction : Mathilde Armand, Marc B. de Launay et Pierre Rusch.

 

Née à Rostov sur-le-Don, Sabina Spielrein était issue d’une famille juive aisée et cultivée. Enfant, elle a un comportement anormal, par exemple, en retenant ses selles pendant un temps très long. A l’âge de 18 ans Sabina est atteinte de crises de dépression avec alternance de larmes, de rires et des cris convulsifs. Ses parents décident de la faire soigner en Suisse, à la clinique Burghölzli de Zurich où elle entre le 17 août 1904 pour en sortir le 1er juin 1905. Elle y est soignée par Jung. Il s’établit entre eux un rapport amoureux. Elle poursuit alors des études médicales et s’engage sur la même voie que Jung. Freud est tenu au courant de cette liaison et il conseille à Sabina de s’en sortir par ses propres moyens.

Grâce à une thèse sur la schizophrénie, elle est diplômée en 1911. Elle publie en 1912 dans une revue spécialisée un article intitulé : « La destruction comme cause du devenir ». Elle y montre que la sexualité normale tant chez l’homme que chez la femme recèle une composante destructive. Instinct de vie et instinct de destruction constituent les deux pulsions essentielles coexistantes dans l’instinct de procréation. Freud s’inspire par la suite de ses thèses dans son livre « Au-delà du principe de plaisir » en 1920. Il le reconnaît très honnêtement bien qu’il les ait contestés avec véhémence.

L’attitude de Freud s’explique sans doute par le fait qu’il rendait déjà l’homme victime de son subconscient perdant ainsi une partie de son autonomie et de sa volonté, la pulsion de mort rabaissant encore l’être humain.

Bien qu’approuvant la thèse de Sabina Spielrein il n’osa peut-être pas aller trop loin. Ses successeurs firent de même. L’article de Sabina Spielrein est devenu célèbre dans le sens où elle est encore la seule à avoir exprimé sans ambiguïté que la poussée sexuelle de reproduction recélait en elle une pulsion concomitante de destruction, d’anéantissement.

Après avoir exercé pendant une dizaine d’années une activité de psychanalyste en divers endroits, en 1923 elle retourne en Russie où elle essaie de continuer son activité. Elle se heurte au communisme qui considère cela comme décadent.

Les Nazis envahissent Rostov sur-le-Don en 1943 et y exterminent les Juifs. Le 27 Juillet 1942, Sabina est fusillée avec ses deux filles dans le ravin de la Poutre-du-serpent, nues sur la neige.

Faut-il conclure comme Sabina Spielrein ? Voici en effet la dernière phrase de son article : « Il me semble toutefois avoir par mes exemples, suffisamment démontré que l’instinct de procréation comporte même, du point de vue psychologique, et conséquemment aux données de la biologie, deux composantes antagonistes, et qu’il constitue donc, autant qu’un instinct de vie, un instinct de destruction».

Cela signifie que chaque être porte en lui, dès qu’il naît le programme de sa destruction et qu’il agira dans ce sens.

En physique atomique, on sait qu’un corps, constitué de molécules et d’atomes liés par diverses forces, possède en lui-même une tendance à se désintégrer, particulièrement les corps radioactifs. Dans cette désintégration il y a un effet statistique curieux qui est que le corps perd sa masse par moitié en des périodes de temps égales. C’est Poincaré qui a été un des premiers à donner l’équivalent en rayonnement de la perte de masse suivant la formule m = E/c2.

E est l’équivalent énergétique en rayonnement de la perte de masse et c est une caractéristique fondamentale de la nature donnant la vitesse indépassable par un corps perceptible. C’est la vitesse de l’onde électromagnétique comme la lumière et le photon, véhicule de cette lumière est le plus petit corps perceptible, de masse nulle au repos, recélant une infime quantité d’énergie proportionnelle par la quantité de ses vibrations, au plus petit grain d’énergie possible qui est la constante de Planck h. La formule de Poincaré m = E/c2 donne la formule médiatiquement célèbre E = mc2. Cela signifie que la masse d’un corps m pourrait se désintégrer en infimes particules de vitesse c. Le neutron, une des particules constituantes du noyau de l’atome se désintègre en électron et antineutrino. Le proton, autre constituant du noyau, aurait, lui, une durée de vie théorique très longue mais jusqu’à maintenant, on n’a jamais pu observer sa désintégration bien qu’il soit constitué de trois quarks.

On peut donc dire qu’à l’échelle atomique, des forces de déliaison opèrent, au même titre que des forces de cohésion. Autrement dit, chaque fois qu’il y a agrégation, celle-ci n’est que provisoire et se divisera au bout d’un intervalle d’espace et de temps.

Dans l’univers, la force de gravitation exprime cette attirance qu’ont les corps massifs les uns pour les autres. Mais il y a aussi à l’œuvre une force d’éclatement qui se traduit par l’éloignement réciproque des galaxies et qu’on nomme expansion. On peut donc être tenté de dire que dans l’œuf primordial était déjà contenue la force qui avait procédé à cette réduction et la force qui allait le faire éclater. La première est la gravitation bien connue et la deuxième : l’expansion. L’univers devient le lieu où l’énergie emportée par l’espace et le temps, qu’elle déforme par sa présence, essaie de remonter le cours implacable des choses pour s’agréger sous l’effet gravitationnel.

Le champ électromagnétique a le double effet d’attirer et de repousser. L’interaction forte sert de colle aux noyaux. L’interaction faible, elle, est une force séparative.

Chaque force implique dès qu’elle se manifeste une force opposée cherchant à détruire ce que l’autre a construit. Eternelle valse dualiste.

 

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Voir aussi le livre III La Mêmeté

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