L’infime boursouflure de vide

5 Jan 2016 by

« On naît rien »
« On n’est rien »
« On naît mort »
« On est comme on naît »

 

Le monde est le jeu de forces contraires et opposées. Il est le lieu de choses dont l’une ne peut être sans l’autre. Il est constamment, du fait de ce conflit, en oscillation autour de points d’équilibre jamais atteints. Une force l’emporte provisoirement sur la force adverse puis elle finit par faiblir sous l’effet de la réaction antagoniste. Les ondes qui en résultent se superposent. L’onde ne s’exprime que par nombres entiers pour la fréquence. L’onde se prolonge indéfiniment. Elle ne peut être arrêtée, coupée « nette » pendant une oscillation. La superposition s’effectue par ondes d’octaves harmoniques d’intensités diverses. Elle est aussi sans fin. C’est cette superposition d’ondes qui crée la diversité et la complexité.

Tout est basé sur le raisonnement circulaire par lequel l’un se démontre par l’autre. Le cercle ultime est «ce qui est» et «ce qui n’est pas» ou quelque chose et rien. Le néant ou non-être donne la possibilité de l’être et l’être ne vaut que par le fait qu’il peut être nié. Le bien ne peut exister seul, il est mis en valeur par le mal et vice versa. Aucune de ces deux notions ne peut être envisageable sans sa contrepartie. L’édifice des mathématiques dont nous sommes si fiers, à tel point que certains l’assimilent au monde lui-même repose sur la notion d’axiomes qui en sont les fondements. Or un axiome est vrai ou faux. On choisit simplement par une décision plus ou moins arbitraire l’un ou l’autre état. S’il s’avérait que l’on a fait le mauvais choix, tout l’édifice s’écroule. Plus l’édifice intellectuel est important plus il faut le consolider par des axiomes nouveaux soigneusement sélectionnés.

Tout est à la recherche du repos et de l’amortissement des oscillations sans fin. Ceci concrétise ce qui est appelé

«principe de moindre action». Tout est relatif et de ce fait le repos absolu ne peut faire l’objet d’aucun repère. Il n’est nulle part et ailleurs, toujours recherché, jamais atteint. L’équilibre, étant un état de repos, est lui aussi inaccessible.

Les ingrédients qui constituent l’univers sont en quantité énorme. L’aléatoire règne en maître en physique subatomique. Etant donné le nombre gigantesque de particules, les lois physiques ne sont alors que des effets statistiques de la loi dite des grands nombres. Les écarts par rapport à la moyenne finissent par se compenser. Ceci est la conséquence de la recherche du repos concrétisée dans ce cas par la moyenne statistique jamais atteinte, havre de paix et de calme où les écarts finissent par se diriger vers l’extinction sans y parvenir.

Le puits où se trouverait la vérité est sans fond. La vérité est inaccessible. C’est le point charnière autour duquel tout oscille sans fin. Elle est entraînée dans un immense maelström de « oui » et de « non ». Elle est au centre, comme l’œil du cyclone. On ne peut y accéder. Elle attire et repousse à la fois. Les choses voudraient s’y engouffrer pour y trouver le repos qui, lui, veut conserver son statut et, par conséquent, les refoule. Le néant, oasis de calme parfait ne peut contenir l’être qui est pure agitation. S’il le faisait, il se nierait lui-même. Il fonctionne comme un « attracteur étrange » autour duquel tout tourbillonne perpétuellement, inaccessible centre de toutes choses, trou noir où s’engloutit l’énergie. Ceci s’effectue par l’alchimie du présent où disparaît le passé pour générer le futur.

Et Dieu dans tout ça ? S’il est hors de la création, on retombe dans le raisonnement circulaire. S’il est immanent à la nature, le néant est alors la contre-démonstration de son existence par ce qu’il n’est pas.

Si l’on pouvait mettre dans un sac tout ce que l’on considère comme positif et le présumé négatif dans un autre et qu’on les mélange sur-le-champ dans un troisième sac, celui-ci s’affaisserait, flasque et vide.

C’est l’action de l’espace et du temps concrétisée par la longueur d’onde et la période de l’onde qui retarde tout et empêche que ce tout soit vide ou néant ou repos ou moyenne. La réalité ultime se tient, sans consistance au milieu des événements. C’est le « happy médium », le          « juste milieu » dont nous devons nous rapprocher le plus possible sans que nous ne puissions jamais y séjourner. Nous accédons ainsi à une morale qui est celle de réduire, le plus possible, ses besoins, ses désirs, ses excès pour en atténuer les conséquences néfastes, ce qui ne manque pas de se produire par l’effet de compensation. Il faut toujours d’une manière ou d’une autre payer la note. En final, c’est la mort qui compense la naissance. La brève courbe de la vie doit s’aplatir le plus possible pour atténuer heurs et malheurs.

Tout cela n’est qu’un constat. Les événements mondiaux se déroulent ainsi. Cela ne peut pas être expliqué par un raisonnement logique, une explication engendrant une question qui, elle, nécessite une explication et ainsi de suite.

L’interprétation qu’on en fait peut être considérée comme une croyance. On ne peut éviter que, dans cette évaluation, il faille un interprète raisonnant : c’est l’homme, limité, à son corps défendant, à son unique possibilité de raisonnement circulaire. Et le cercle, c’est croire ou ne pas croire. C’est là l’essence de la liberté. Nous avons le pouvoir d’opter, étriqué par seulement deux alternatives.

L’homme se targue d’avoir créé un univers intelligible, domaine de ce qu’il appelle l’esprit ou la pensée, qu’il a tendance à réifier indépendamment de l’univers sensible dont il n’est pourtant que l’extrapolation. Ceci le différencie, bien entendu, de l’animal mais ce n’est pas une raison pour monter sur ses ergots. Comme toute chose, nous allons de rien à rien ! Il n’y a rien avant et rien après. L’homme n’est qu’une infime boursouflure de vide. Si son existence est unique, c’est simplement à cause de l’extrême diversité provoquée par le duel de tous les contraires. Sa grandeur pourrait être son humilité. Mais son orgueil l’enfle comme la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. Le sort de l’humanité est de disparaître. Née de rien, elle retournera à rien. Elle est déjà en train de créer les conditions de son annihilation par son inconséquence, incapable de préserver son bref séjour sur la Terre. Sa néantisation n’entraînera même pas un infinitésimal frisson de l’univers qui l’engloutira sans en être pour le moins affecté et toute trace en sera à jamais effacée. Nous avons été dotés de la faculté de comprendre cela, mais nous n’en tenons absolument aucun compte.

 

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Voir aussi le livre II Ni Plus Ni Moins

 

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