Superposition et Tao

La superposition en physique quantique consiste dans le fait que deux états différents peuvent être intimement liés, corrélés. Ainsi un électron peut être ici et ailleurs en même temps .On peut résumer ceci en disant qu’une porte est à la fois ouverte et fermée. Cela dépasse tout notre raisonnement logique qui veut qu’une porte soit ouverte ou fermée. La superposition est admise maintenant sans restriction et confirmée par de nombreuses expériences.

La doctrine chinoise du Tao consiste dans le fait de convenir que le monde est le théâtre d’une lutte fratricide entre deux entités : le Yang et le Yin qui sont complémentaires et ne peuvent se passer l’une de l’autre.

Le Yang est comparable à la lumière et le Yin aux ténèbres. Le Tao est censé être le lien entre le Yang et le Yin.

Il y a donc de prime abord une situation classique où il y a un choix entre les deux notions de Yang et de Yin pour la nature. Ceci constitue la réalité du monde que nous connaissons.

La superposition commence à intervenir quand on constate effectivement que Yang et Yin sont quoiqu’opposés, adaptés l’un à l’autre dans une sorte de copulation. L’amour et la haine co-existent.

En examinant le symbole du Tao, on note que deux virgules noire et blanche enserrées dans un cercle qui peut être le Tao, s’enchâssent l’une dans l’autre et figurent ainsi leur accouplement. Mais il y a plus, au centre de chaque virgule il y a un « œil » blanc pour la partie noire et noire pour la partie blanche. Cela peut signifier que le Yang est inclus dans le Yin et le Yin dans le Yang. Ils s’auto-contiennent l’un l’autre en quelque en quelque sorte.

Lao Tseu a écrit : « L’être (Yang) et le non être (Yin) s’engendrent l’un l’autre ». On est en plein dans le même mystère que la superposition quantique. Il peut y avoir « à la fois » existence et non existence.

Si on avait dit et prouvé cela à Aristote, notre péripatéticien serait tombé à la renverse. Comment les anciens chinois avaient-ils eu pareille prémonition ?

On ne peut dire : il n’y a pas deux sans trois. Comme nous l’avons montré, Yang et Yin ne sont pas séparés. Ils forment un couple indissociable. Le Tao est-il le troisième élément qui réunit les deux premiers ? Est-il la synthèse de la thèse et de l’antithèse comme dirait Hegel ?

En fait comme dans beaucoup de croyances le Tao c’est l’indicible, l’inexprimable, l’indéterminé, pour tout dire l’inconnu. Yang et Yin ne sont que son apparence. C’est ce qui parvient à notre entendement constituant le connu.

La thèse du dualisme est-elle impossible à soutenir ?

Si l’on se place du point de vue de notre façon de raisonner, il est certain qu’on ne peut aboutir à une construction mentale conforme à notre ressenti.

Il faut retourner notre esprit et envisager d’autres issues. Comme nous pensons l’avoir montré, l’étrange concept de la superposition quantique peut nous aider à se dégager de cette aporie. Le Tao est l’expression d’une logique absolument incompréhensible pour nous qui accepte qu’une porte soit « à la fois » ouverte et fermée. Pour connaitre il faut distinguer.

Cela est permis par la fraternelle confrontation du Yang et du Yin. Mais ce ne sont que des apparences derrière lesquelles transparait le Tao, sorte de néant riche de potentialités, un rien englobant un tout, qui ne pourrait être accessible qu’à l’infini. Mais pour nous, qui vivons dans un monde étriqué et limité, tournant sans répit dans une ronde infernale dont on ne peut s’échapper, la vérité n’est qu’une lueur dans le lointain qui s’éloigne au fur et à mesure que nous nous en approchons.

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