Pensée

« L’homme n’est qu’un roseau,
le plus faible de la nature
mais c’est un roseau pensant »
Pascal – Pensées

« Tout ce qui est interdit
est obligatoire »
Murray Gell-Mann

« Il est interdit d’interdire »
(Slogan de mai 68)

Du pensable

On ne peut interdire de penser. Pour ne pas penser, il faut le penser. A partir du moment où ses sens sont en alerte et qu’il n’est plus dépendant de sa mère pour vivre, l’enfant pense et n’arrête pas de penser. Seul le sommeil profond pourrait être une absence de pensée. Dans le sommeil paradoxal, on pense à des choses qui, lorsqu’on peut se les remémorer, nous paraissent invraisemblables mais reposent sur le ressenti à l’état de veille. Cet état indique bien que nous sommes alors en alerte permanente, prêts à faire face à tout évènement. Il semble qu’en rêvant on se défoule de ce que la conscience refoule. Le rêve est un mystère mais du même ordre que la vie courante qui n’est comme lui, qu’une illusion débridée, qu’hallucination. Tout cela est quand même basé sur le concret quotidien. Notre cerveau ne peut remuer que ce qu’il a emmagasiné. On ne pense que grâce aux sens.
Cependant, on peut par la pensée aller au-delà du perçu et envisager des choses qui sont hors d’atteinte pour nos sens limités : l’infini, le néant, l’absolu et autres concepts inaccessibles à nos pauvres moyens. Par l’idée constatée que rien ne dure, on peut penser l’éternité. Si tout, pour nous, est fini par d’infranchissables limites, on peut imaginer l’infini, quelque chose qui serait toujours plus loin. La vérité est du même ordre. Dès qu’on pense l’atteindre, elle se dérobe. L’existence montre que tout est lié et communique. L’isolement total est du domaine de l’impossible qui lui, est constamment en dehors du possible. La science a son fondement dans l’analyse et le réductionnisme en éléments plus simples. La réduction à zéro est hors de question car elle n’est accessible que par un découpage infini. Zéro et infini sont concomitants. De même que le rien, on ne peut contacter le tout par des procédés holistiques, synthétiques et globalisants. L’équilibre, l’espérance mathématique en calcul des probabilités sont des limites auxquelles on ne peut parvenir. On ne peut qu’osciller autour avec des écarts plus ou moins grands d’autant plus rares qu’ils sont importants. Certitude de l’incertitude, permanence de l’impermanent, bien des choses ne peuvent être préhensibles par nos possibilités à courte portée.
Tout cela est en fuite perpétuelle en se gardant bien de laisser permettre à l’homme d’avoir la main à leur collet.
C’est le domaine de l’interdit pour les créatures capables de s’auto-examiner que nous sommes.
Par la pensée il ne peut être interdit d’interdire mais on peut admettre que des choses existent sans qu’elles puissent être hors de nos sens. Ce qui n’est pas interdit est alors obligatoire. Nous sommes contraints d’assurer notre survie tout en étant limités par les facultés que la nature nous a accordées, constamment balancés entre des options contradictoires.

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