L’échange

« Rien n’existe avant d’être mesuré »

Niels Bohr

L’énergie est une monnaie d’échange. Pour cela elle est comptabilisable. Pour la monnaie on compte en centimes simplement parce que c’est une valeur faible et qu’une erreur de un centime n’est pas préjudiciable. On néglige les quantités infimes et l’on passe directement de 0 à un centime. Il en est de même pour l’énergie. L’expérience de Planck montre que le plus petit contenu énergétique de la plus petite vibration possible est une constante symbolisée par h dont la valeur est extrêmement faible. On ne peut déceler des valeurs inférieures. L’énergie est générée par une vibration qui est insécable et peut se reproduire indéfiniment. C’est la disjonction entre les vibrations qui produit l’espace-temps. Le passage à la valeur h est du, en fait, au saut de l’électron qui change brusquement de niveau où il se stabilise. Entre deux niveaux on ne sait pas où est l’électron dont la position est floue et indéterminée. Dans la nature l’énergie se manifeste par ces sauts d’électrons. Elle est donc un multiple entier de h. Son évolution est régie par le déploiement de l’espace et du temps comme tout ce qui est mouvement, changement. Rien ne peut s’élaborer sans l’écoulement du temps et l’étalement dans l’espace. Ceci est destructeur. Il disperse au lieu d’agréger, c’est une nécessité. Pour progresser il faut séparer, éclater et aussi réunir. Le parfait étalement et l’infinie concentration n’apportent rien.

L’existant c’est le mesurable. C’est le cas de h qui est un produit d’expérience. Cette constante est-elle repérable ? Le niveau le plus bas de l’énergie est-il nul ? Non, car si pour être il faut mesurer ce n’est pas le cas du rien, du néant. Pour mesurer il faut un étalon et on ne peut le concevoir nul, on ne peut rien faire du néant. Si cela était le cas ce ne serait pas le néant. Si l’être peut être de multiples façons il n’y en a aucune pour signifier zéro. C’est un statut unique auquel on ne peut se référer. La seule base de la connaissance est l’interprétation que l’on fait des évènements qui nous parviennent. On ne peut accéder à notre savoir que par l’observation, c’est la grande leçon de la physique quantique. C’est par l’échange c’est-à-dire le relatif qu’il est possible de mettre le monde à notre portée. Rien ne peut être sans échanger. Comme nous l’avons montré l’échange ne peut être car cela n’apporte rien. Il faut donc que l’échange se fasse de la manière la plus discrète possible pour être signifiant. Ce sera donc h qui sera la monnaie d’échange. La petitesse de l’unité de troc favorise grandement l’interaction entre les objets et la circulation de la monnaie-énergie. Il intervient aussi dans la rapidité de l’échange. Nous avons émis l’hypothèse qu’il y avait une vibration basique extrêmement faible de période égale à10-44 seconde. La nature ne connait pas le repos absolu car il est analogue au néant où n’existe aucun appui pour s’y accrocher.

Exister c’est s’agiter. Il y a donc toujours de très faibles fluctuations caractérisées par les relations d’indétermination. A cette échelle tout est flouté et non distinguable. Cette infime vibration s’inverse et ensuite se reproduit à l’identique comme une onde. C’est un effet domino. Il ne peut se propager que seulement à une vitesse limite indépassable.

Réalisons que ceci est du au fait que l’on ne peut réduire une vibration à la nullité. Pour les raisons indiquées ci-dessus il y a une taille minimum de cette vibration qui se propage dans l’espace et le temps. Comme toujours on a accès à une donnée que par sa mesure. En l’occurrence la vitesse de l’échange dans ce cas limite est c qui est également une constante de la nature. C’est la vitesse de la lumière ou plutôt de l’échange, de l’information. Il y a 1044 vibrations de la taille la plus petite possible en une seconde. Cette dernière est définie par la fréquence des horloges atomiques, mieux maitrisable, et qui est de l’ordre de 1015.

La plus petite vibration possible représente une boursuflure d’un milieu inerte que l’on peut considérer comme la perfection absolue. Il n’y a rien de plus parfait que le néant. L’ordre et le désordre s’y sont annihilés. Cette minime vibration est alors une rupture, une brisure de symétrie, un accident qui se propage par une ride sans fin. Le monde est né de cette cassure. Nous ne sommes que le résultat de défauts d’une similitude foncière.

La vibration la plus ténue possible est caractérisée par h comme nous l’avons vu. Mais on peut aussi l’assimiler au bit de l’information. Le sens est alors conféré par une chaîne numérique de 0 et de 1. Nous savons que tout est exprimable par ce moyen. La qualité est ainsi confirmée par la quantité. La seule limite est une suite infinie qui est irréalisable.

Les valeurs d’échange suivent, si l’on peut dire, la loi de l’offre et la demande. Le prix d’une chose est d’autant plus élevé qu’elle est désirée. Quelque chose qu’il n’est pas possible de transférer n’a pas de valeur. Un objet complètement isolé n’est rien. Il n’existe que par les relations qu’il entretient avec d’autres. La communication est le squelette qui tient tous les organes ensemble en les reliant les uns aux autres. La structure est plus que, ce qu’elle assemble.

Ce qui est échangé s’amasse ou se disperse. La distribution se fait dans un sens ou son opposé. Tous les transferts visent à l’équilibre. Ce qui est acquis doit être rendu et acquitter de telle sorte que l’action (le produit de l’énergie par le temps) soit égale. Débit et crédit doivent se balancer. L’échange doit se compenser. On ne peut dépenser plus qu’on ne gagne. Ce qui est fourni doit être rendu.

Le monde auquel nous sommes enchainés et liés les uns aux autres, s’étire entre le zéro et l’infini, inaccessibles par nos moyens limités.

La phrase de Niels Bohr citée en exergue nous dit que l’existence est la conséquence de la mesure. Celui qui mesure est au bout. Mais la proposition peut-elle être renversée dans le sens où c’est ce qu’on mesure qui génère l’existence sous réserve qu’on le consulte. Le rien qui serait avant d’être mesuré doit être nuancé. Rien ne peut venir de rien. Ce qu’il y a c’est un énorme réservoir de potentialités dont certaines verront le jour sous la condition qu’elles soient plus probables que les autres. Il y a donc une qualité des possibles qui intercommuniquent entre eux et confrontent leur force d’être le mieux placés possible. L’échange les met dans un ordre hiérarchique. Cela n’est ni rien, ni le hasard pur sans cause. Tout cela est du ressort du néant dont on a vu qu’il ne fallait pas le polluer. Il refuse alors d’être le lieu, de l’éternel repos tant recherché par les forcenés de l’agitation permanente.

 

 

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