L’aporie

Le casse-tête ou l’aporie

Nier quelque chose c’est admettre que cette chose existe, autrement on ne peut la nier. Le néant est la seule entité qu’on ne peut nier car en la niant on fait un acte existentiel. Cela suffit pour anéantir le néant dont la raison d’être est que l’on ne peut rien en dire. L’anti-néant ou le contraire du néant ne peut être qu’une image superposable au néant lui-même, même si elle est inversée. L’envers du néant est le néant. On ne peut ainsi dire « je n’existe pas » car c’est un état de néant qui par définition n’est pas exprimable.

Pourtant le principe de la négation d’une chose c’est convenir que cette chose peut exister. On devrait par conséquent pouvoir dire « j’existe » puisque le « je n’existe pas » n’est pas possible. Mais on se heurte alors à une grosse difficulté. Une chose ne peut exister que si elle entretient des relations avec d’autres choses. Elle ne peut être seule et isolée. Le « Je est un autre » comme disait Rimbaud. Un objet nécessite d’autres choses que lui-même pour être défini. S’il ne peut être défini, alors il ne peut exister. L’existence ne peut être conférée que par les autres existants et s’il y a d’autres choses alors cette chose n’est pas seule. Le bouddhisme nous assure qu’un monde constamment changeant n’existe pas, car chaque chose se réfère à une autre et donc, n’est pas viable seule. Suivant Auguste Comte « tout est relatif et cela seul est absolu ». Le monde est manifestement discontinu ce qui implique des individualités qui communiquent entre elles. La possibilité d’un individu seul dans l’univers est à exclure. Seul le néant est continu. S’il renferme un seul photon, ce n’est plus le néant. Il ne peut être mu puisque le mouvement n’est que relatif. Il ne peut pas non plus être immobile, au repos. Le repos n’est pas possible en lui-même car cela devrait se référer à un point fixe qui lui-même devrait être rapporté à un autre point fixe et ainsi de suite. Sans autrui, on n’est rien.

Tout cela est complètement absurde, abstrus, abscons, aporétique. Notre cerveau est incapable de le comprendre. Pour comprendre il faut connaître et savoir c’est établir des liaisons interactives. « Le lien du lien et du non-lien » selon Hegel. Etre c’est communiquer. Le non-être n’est pas dicible. On est en pleine aporie qui est une impasse logique, un indécidable, une confrontation de deux arguments contraires de force égale.

Rassurons-nous dans le sens où le dualisme n’est qu’une expression contradictoire du monde connu, l’inconnu, le néant n’étant pas préhensible par notre raison. Le néant pourrait être ce qui est hors de toute définition. Mais alors, que dire !

 

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